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Vincent Rouard , pianiste itinérant.

Jean Genet affirme que créer, c’est toujours parler de l’enfance. D’une certaine façon, on est toujours le fils de son enfance. Si l’on est vraiment, profondément, d’une patrie, c’est de l’enfance, qu’elle ait été douloureuse ou heureuse. C’est en ce lieu du temps, selon des percolations parfois étranges et secrètes, que se décident nos vocations et nos fascinations.
Dans la demeure familiale de Vincent, la musique est reçue comme un hôte de qualité, on la traite avec déférence, on la reçoit avec plaisir. Elle est dans la vie quotidienne. Dans la mémoire du musicien, elle est aussi associée à tous les moments de fête familiale, elle est présente au cœur des réjouissances amicales. Elle a quelque chose d’une légende sonore qui danse et retentit avec les événements de la vie familiale. Elle entretient avec elle des rapports d’intense intimité. On peut pressentir dans cette étroite et profonde entente la source peut-être de ce désir qu’éprouve toujours Vincent de traduire ses états d’âme en compositions musicales mais plus sûrement encore de faire s’écouler dans l’unité les épisodes du temps et leur soulignement musical. Vivre, c’est entendre, c’est faire correspondre et harmoniser un événement, un rêve, une émotion avec la particularité de leurs tintements. La musique chez Vincent est une façon d’être au monde et de réagir à ses vibrations.

Il est intéressant d’entendre Vincent évoquer « son premier piano » :

Il y avait dans le coin de la salle à manger un vieux piano. Maman en jouait quelque fois, de même que mon oncle musicien lorsqu’il était de passage. Ce meuble, témoin d’un obscur héritage, devait être arrivé avant moi dans la maison. Il n’était plus très juste, avec des touches d’ivoire jaunies par le temps et la lumière, mais auxquelles mes doigts aimaient malgré tout se frotter. Plus tard, lorsque mes parents décidèrent de m’inscrire à l’académie, un piano flambant neuf en bois clair est venu le remplacer. Je me le suis approprié progressivement. Il honorait mes accords d’un timbre et d’une harmonie sonore très flatteurs, ce qui accrut rapidement le magnétisme qu’exerçait sur moi cet étrange meuble à cordes.

Très tôt, dans la prime enfance, à l’heure où le langage se décante, Vincent se met à pratiquer deux langues. La langue maternelle, celle des mots, la langue familiale, celle des notes. De cette langue familiale, il aura plus tard un usage très personnel, un usage qu’il s’appropriera pour devenir distinct tout en demeurant fidèle et loyal à l’élan premier. Il pianote donc, en amateur, en autodidacte, en sourcier qui patauge encore dans l’évier et accompagne au piano les airs traditionnels. Balbutiements de la vocation.
A l’âge de six ans, il fait son entrée à l’Académie de musique de Dinant pour y suivre une formation en piano, orgue et harmonie écrite. Cette langue, - comme la grammaire, la conjugaison, la syntaxe, l’orthographe épicent et compliquent l’apprentissage de la langue maternelle -, a ses règles et ses exigences. Pour se l’approprier, pour la faire chanter, il faut l’apprendre.
Sorti de l’Académie, il poursuit ses études musicales au Conservatoire de Liège, en solfège, piano, histoire de la musique et harmonie écrite. Dans l’évolution de son initiation, il s’ouvre à toutes les musiques, sans aucune exclusive. Sa sensibilité franchit les cloisonnements : il aime la musique classique (Bach, Beethoven, Schubert, Debussy, Faure, Grieg, Rachmaninov), la chanson française (Fugain, Brassens, Ferrat, Piaf, Aufray, Souchon, Polnareff, Berger..), la musique traditionnelle et la composition.

Interrogé sur son goût pour cette musique traditionnelle, Vincent s’explique :
Oui, je pense à ces airs dont on ne sait plus vraiment d’où ils viennent, et qui se sont transmis de génération en génération, que l’on chante et danse dans un élan commun. La musique traditionnelle au sens plus « actuel » est arrivée plus tard, avec notamment le groupe 1778 qui m’a ouvert à ce style musical, airs traditionnels bretons, irlandais, suédois, slaves…

On observera, au demeurant, que la musique qu’il crée réalise la synthèse de ses différentes fascinations. On y devine, assemblées sur un mode éminemment personnel, des influences classiques, un goût pour la belle mélodie populaire et les influences de la musique traditionnelle. On y hume toujours une âme quelque peu slave.

Vincent développe un intérêt particulier pour l’analyse musicale, l’harmonie, et l’accompagnement. On dirait que dans cet intérêt affleurent les questions suivantes : quelle langue suis-je en train de chanter, comment la rendre sensible, comment y recevoir les autres, comment y être pleinement, entièrement moi ?

Il participe à un concours international pour piano au Conservatoire de Paris en 2001.
Il s’enrichit d’expériences musicales traditionnelles avec le groupe 1778 ( tournée en Colombie ) ; il occupe, au côté d’Etienne Nicaise au chant, la place de pianiste, formation qui reprend le répertoire de William Sheller. Il participe à des concerts classiques pour piano, pour orgue, en duo violon-piano avec le violoniste Marc Docquir. En avril 2008, il participe à l’élaboration d’un spectacle Aznavour. Il accompagne, à partir de juillet 2009, la mezzo soprano Albane Carrère et la soprano Jasmine Daoud dans des récitals d’airs sacrés (Vivaldi, Bach, Mozart, Rossini, Gounod au Gabriel Fauré).
En 2007, il compose l’album « Obsession Airs », constitué de 11 plages instrumentales pour trio, au carrefour des musiques du monde, classique et traditionnelle, avec Marc Docquir ( violon) et Didier Laloy (accordéon diatonique).
Son deuxième album, « Itinérances », ensemble de 12 compositions pour piano inspiré d’un voyage imaginaire vers l’Est, voit le jour en mai 2009. Il est enregistré avec la complicité de Philippe Laloy (flûte traversière), Katty Adam (cello), Marc Docquir ( violon), et Didier Laloy ( accordéon diatonique). Vincent a déjà eu l’occasion de présenter, en avant-première, ce nouvel album en novembre 2008 à Varsovie, lors d’un concert organisé par l’Ambassade de Belgique. Le voyage imaginaire, d’ores et déjà, s’est joué dans un de ces lieux qui ont contribué à son inspiration.

Vincent signe ensuite la bande son du court métrage «  L’exposition » de la jeune réalisatrice Alizee Honoré, dont l’avant-première est diffusée à Louvain-la-Neuve en juin 2010.  On y retrouve notamment le chant «  Deux archanges et un ciel déçus » sur un texte de Denys-Louis Colaux. C’est la mezzo-soprano Julie Bailly qui l’interprète.

En août 2011, Vincent termine l’enregistrement d’une bande originale qui constitue le décor sonore du recueil de poésie  «  Compas del Vacio » de l’écrivain espagnol Angel Luis Prieto de Paula. Ce travail paraîtra sous forme d’un double cd, dont la traduction française sera assurée par Bernard Thiry, sous le patronage des facultés universitaires de Namur.

C’est en septembre 2011 que sort le nouvel opus «  A Mains Nues ».  Vincent met en musique et chante les poèmes de Denys-Louis Colaux.
Il s’accompagne au piano. Le contrebassiste Vincent Noiret l’a rejoint en studio pour l’accompagner sur quelques titres. L’album est magnifiquement illustré par l’artiste peintre Laurence Burvenich.

 

 

 

C’est en 2012 que Vincent signe son 4ème opus « Sur Lesse », avec la complicité de Kathy Adam au violoncelle et de Didier Laloy, à l’accordéon diatonique.  Cet opus sera présenté en concert au Festival Namusiq en janvier 2013 et fera l’objet de nombreuses programmations en communauté Wallonie-Bruxelles.

 

 

 

Vincent termine en mai 2014 l’enregistrement de son 5ème album « Strada » aux studios Igloo de Bruxelles. Pour ce nouvel opus instrumental, il s’entoure d’excellents musiciens issus d’horizons musicaux distincts et compatibles : la fidèle et sensible violoncelliste Kathy Adam, le célèbre accordéoniste Didier Laloy, le joueur d’oud Karim Baggili, le flûtiste et saxophoniste Philippe Laloy, le guitariste Pascal Chardome, le contrebassiste Vincent Noiret, et le percussionniste Fred Malempré.


Denys-Louis Colaux, écrivain et poète.